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Visite d’une unité d’extraction et de conditionnement du miel


Vue extérieure du dépôt

A Teocelo, état de Veracruz, Mexique.

A l’invitation d’une de nos coopératives partenaires au Mexique, je me suis rendu, il y a quelques semaines, à Teocelo. Ce bourg de moyenne montagne est situé à environ 45 minutes de route de Xalapa, la capitale de l’état de Veracruz et siège du bureau de Maya Fair Trade au Mexique.

Cette journée était programmée en deux temps : d’abord une réunion de travail avec les responsables de la coopérative et, ensuite, la visite d’une de ses nouvelles unités d’extraction et de conditionnement du miel installée au sein d’une petite organisation apicole membre de la coopérative. Il faut en effet savoir que cette coopérative est constituée par plusieurs petites organisations apicoles dispersées dans différents états mexicains (Veracruz, Guerrero, Oaxaca et Mexico).

La réunion de travail terminée, nous prenons la route pour rejoindre et découvrir ce nouvel atelier de travail. Nous empruntons une route secondaire qui s’enfonce dans des plantations de café d’ombrages diversifiés.
Teocelo est une bourgade située au cœur du « Bosque de Niebla » (« Bois de brume ») qui est un écosystème considéré comme unique en Amérique Centrale. Il est formé d’une végétation de montagne et de littoral côtier dans un espace géographique restreint de type « piémont ». Les activités économiques principales de la région sont, dans l’ordre d’importance, la production de café, celle du miel, et l’éco-tourisme. L’élevage bovin, la production laitière et l’extension des agglomérations urbaines réduisent progressivement l’étendue de ce couvert forestier et l’apiculture y joue un rôle de tampon.

Eloigné de tout habitat, au beau milieu d’une zone boisée, nous parvenons à un terrain, entièrement clôturé, d’une superficie de plus au moins 2000 m², sur lequel se dresse un bâtiment flambant neuf. Il est construit en blocs en béton peints et est surmonté d’un toit en tôles de bardage. Plusieurs larges portes permettent d’accéder à l’intérieur du bâtiment au départ d’un quai de chargement érigé sur toute sa longueur. Nous garons notre véhicule sur un grand parking au revêtement en béton.

Nous sommes accueillis par quelques apiculteurs et techniciens de l’organisation apicole locale, propriétaire de cette unité de travail et membre de la coopérative. Cette organisation locale compte une soixantaine d’apicultrices et d’apiculteurs. Nous pénétrons enfin dans le bâtiment.

D’emblée, je suis impressionné par l’infrastructure : le bâtiment est divisé en trois ateliers de travail séparés les uns des autres par des cloisons. Le premier est dévolu à la réception et au stockage des hausses à miel (récoltées dans les ruchers et acheminées directement au dépôt). Le second atelier est divisé en deux unités de travail séparées : une est destinée à l’extraction mécanique du miel et au filtrage, l’autre à l’homogénéisation, au remplissage des fûts et à l’étiquetage. Deux extracteurs, d’une capacité chacun de 8 hausses (8 hausses correspondent à +/- 40 L de miel extrait), et plusieurs décanteurs (capacité de 5 TM chacun) y sont installés. Enfin, la dernière unité est réservée au stockage des fûts, à la préparation et à l’expédition des commandes. En fonction de la destination des lieux, les sols sont tantôt carrelés, tantôt recouverts d’un revêtement en résine d’époxy. Les murs et cloisons intérieurs sont revêtus jusqu’aux plafonds de panneaux blancs de type « alimentaire », lisses et lavables. Le bâtiment dispose encore de vestiaires avec salle d’eau destinés aux différents opérateurs. Chacune des unités disposent d’au moins un accès direct et indépendant de ou vers l’extérieur grâce à des larges et hautes portes.


Les apiculteurs n’extraient plus eux-mêmes le miel des hausses, dans des conditions parfois difficiles et précaires, pour le livrer ensuite dans des bidons à la coopérative. Dorénavant, ils livrent à la coopérative les hausses d’où, grâce à cet outil, le miel est extrait dans des conditions parfaites d’hygiène. Le processus d’extraction des hausses se fait par apiculteur et la quantité de miel extraite est consignée dans un registre par le gérant du dépôt, ce qui permet une identification parfaite du miel (origine et quantité).
Les miels extraits sont ensuite filtrés et acheminés à l’aide d’une pompe aspirante vers un décanteur. Après un temps de repos, le miel est homogénéisé (mélangé) et conditionné dans des fûts qui sont ensuite étiquetés.
Enfin, les fûts remplis et soigneusement étiquetés sont dirigés vers la salle de stockage d’où ils seront expédiés vers les clients.

Cette infrastructure est certainement un modèle du genre : d’une part, elle répond totalement aux normes exigées par les autorités sanitaires du Mexique (Senasica - dépôt agréé depuis mai 2011) et, d’autre part, elle constitue, à plusieurs égards, une réelle évolution bénéficiant autant à l’organisation elle-même qu’à ses membres et aux clients :
- Les apiculteurs y trouvent une économie de temps et de moyens : le travail d’extraction est simplifié et ils n’ont plus besoin d’investir personnellement dans l’achat et l’entretien d’une partie du matériel d’exploitation.
- La coopérative peut regrouper la production en un seul lieu. Elle exerce un plus grand contrôle sur la qualité et l’innocuité du miel et s’assure d’une meilleure traçabilité du miel. Et, pas des moindres, elle peut exporter elle-même sans devoir chercher une association avec un intermédiaire.
- Enfin, du côté du client, tous ces éléments sont rassurants et constituent incontestablement des bases de partenariat plus fiables, tant du point de vue qualitatif des miels qu’en termes de certitudes sur les livraisons.
Rien que du « bénéfice » donc pour tous les partenaires !

Thomas GRUBER
Xalapa – Mexique
15/05/2012


Chaîne opératoire du miel
22 Mai 2012 18:03:48


La collaboration mmh-mft pour sensibiliser à la commercialisation du miel


1 Perquin (Morazan, San Salvador), 24/01/2012

Dans le cadre de ses projets de développement au Sud, notre organisation sœur, l’asbl Miel Maya Honing (« MMH ») organise un cycle de formations appelé « Diplomado » sur le thème: « Renforcement institutionnels des organisations apicoles mesoaméricaines ». Il s’adresse aux apicultrices et apiculteurs membres de coopératives apicoles du Sud.
Pour le module 4 de ce Diplomado (qui en compte 6 au total, répartis sur 3 ans), Maya Fair Trade (MFT) a été sollicité pour animer une formation liée à la commercialisation du miel.
Il s’agit d’une formation que MFT organise ponctuellement.

C’est donc sur invitation de notre organisation sœur MMH et du Colegio De La Frontera Sur (ECOSUR, Mexique) qu’une trentaine d’apiculteurs (trices), membres de 9 coopératives du Mexique(2), du Guatemala (3), du Honduras (3) et du Salvador (1), s’est retrouvée du 23 au 28 janvier 2012, à Perquin (San Salvador), pour ce 4ième module intitulé : « Diversification et Commercialisation ». Durant 2 jours, nous y avons animé un atelier de formation autour de la commercialisation du miel.

L’objectif poursuivi était notamment d’informer les organisations présentes, de manière précise et didactique, de la « chaîne du miel » et des paramètres à prendre en compte pour assurer une « bonne » commercialisation de la production.
Vu le nombre élevé de participants et la diversité de leur trajectoire, nous avons développé une approche globale, dynamique et ludique. Cela pour impliquer la participation active et constante des apiculteurs et stimuler la réflexion collective et l’échange d’expériences.
Nous avons construit cette formation sur base de supports didactiques tels que panneaux, jeu de cartes, documents à compléter, ce qui permettait un travail collectif, en groupes formés au hasard, mais également individuel et par organisation (Photo 1).

Concrètement, l’atelier s’est déroulé en 4 étapes:
Dans un premier temps, afin de pouvoir situer le stade de développement de chacune des coopératives présentes, nous avons demandé à chaque participant de positionner le stade de développement de sa propre coopérative sur un panneau que nous avons appelé « Système miel: de la ruche au consommateur final ». Ce support de 3m x 2m, visible par chacun, situe l’ensemble des acteurs et les confrontent aux paramètres à considérer dans la chaîne du miel (environnement-production-conditionnement-commercialisation-consommateurs).
Cette intervention, directement sur le support, aide à faire réfléchir l’apiculteur sur ses propres pratiques commerciales et lui permet d’entrevoir différentes alternatives pour ensuite les discuter avec les autres participants.

Dans un second temps, une fois les trajectoires commerciales de chaque coopérative identifiées (vente directe, distribution du miel au niveau local, marché national, exportation), les participants ont réfléchi sur des situations réelles rencontrées lors de la commercialisation du miel. Ces situations ont été illustrées par des cartes à jouer qu’ils ont dû identifier et comprendre en travaillant par groupe (Photo 2). Puis, chaque groupe a répondu aux questions posées sur les cartes en essayant de trouver des solutions à chaque situation.

Dans un troisième temps, nous avons attiré l’attention des apiculteurs (trices) sur les aspects administratifs de la commercialisation en en expliquant le bien fondé. Nous avons ainsi révisé ensemble les systèmes de traçabilité (de la ruche au fût), l’étiquetage des produits (fûts), la rédaction d’un certificat zoo-sanitaire, etc ... Enfin, nous avons passé en revue les notions de contrat et de cahier des charges, de facture, de liste de colisage et autres documents administratifs indispensables.

La quatrième et dernière partie de l’atelier a été axée sur les perspectives commerciales à court et moyen terme qui sont apparues au fil de la formation. A nouveau, nous avons proposé aux apiculteurs d’intervenir directement sur le support « Système miel ».

De ces 2 jours de formation-sensibilisation et, après évaluation, il se dégage un panorama contrasté :

1) Les coopératives apicoles qui débutent dans la commercialisation du miel s’orientent spontanément, sur le court terme, vers la vente de miel fractionné au niveau local, voire national. Par contre, sur le long terme, il y a une volonté claire de pouvoir produire davantage et d’intégrer le marché d’exportation.
Il faut noter que certaines coopératives ayant une identité régionale forte maintiennent leur volonté d’approvisionner uniquement le marché national et ne considèrent pas le marché d’exportation comme une alternative. Ce «repli» est compréhensible : il survient lorsqu’il y a une sous-consommation de miel et un besoin de stimuler l’économie localement.

2) Deux des coopératives présentes exportent déjà leur production de miel dans la filière Fairtrade. L’une d’elles, qui produit un volume annuel inférieur à 40 tonnes, considère qu’il est plus rentable de vendre sa production en une seule fois (à un client) mais qu’il est nécessaire de diversifier ses clients et, pour y parvenir, de produire davantage. Pour l’autre, dont le volume exporté annuellement atteint 100 à 150 tonnes, la stratégie de diversification est axée vers les marchés de proximité et les produits dérivés de la ruche (propolis, pollen, etc.).

Au terme de cet atelier, on constate que les coopératives apicoles fonctionnent de façon pragmatique: chacune cherche à maintenir et/ou à renforcer le marché dans lequel elles sont actives tout en envisageant des stratégies futures qui leur permettront de diversifier leurs ventes et de croître en tant qu’organisation.
Ce pragmatisme, né des conditions difficiles dans lesquelles vivent les apiculteurs et apicultrices (éloignement géographique, manque d’infrastructures et de capital propre, situation socio-économique et politique instable, conflits), se traduit régulièrement dans la voix des participants eux-mêmes par le proverbe « Il ne faut pas mettre tous ses œufs dans le même panier ».
Lors du prochain module, ces mêmes apiculteurs et apicultrices seront appelés à présenter un projet, défini et formalisé par eux-mêmes, qui répondra à leurs besoins et à ceux de l’organisation dont ils sont membres.

Enfin, rappelons que ce travail de collaboration à la sensibilisation au commerce équitable fait partie d’une démarche proactive en faveur des petites organisations apicoles (pour qui le commerce équitable est un levier de développement) qui nous tient à cœur.

Thomas GRUBER
Xalapa - Mexique
25/03/2012


2 Perquin (Morazan, San Salvador), 24/01/2012
29 Avril 2012 15:40:07

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